Mon Dieu, mon Seigneur, accorde-moi de T’aimer

De toutes mes forces, celles que tu m’as données, je T’ai cherché, désirant voir ce que j’ai cru. Et j’ai lutté, et j’ai souffert. Mon Dieu, mon Seigneur, mon unique espoir, accorde-moi de n’être jamais las de te chercher, qu’avec passion sans cesse je cherche ton visage. Toi qui m’as donné de Te trouver, donne-moi le courage de te chercher et d’espérer Te trouver toujours davantage. Devant Toi ma solidité : garde-la. Devant Toi ma fragilité : guéris-la. Devant Toi tout ce que je sais, tout ce que j’ignore. Par là où Tu m’as ouvert, j’entre : accueille-moi. De là où Tu m’as fermé, j’appelle : ouvre-moi. Accorde-moi de ne pas T’oublier, accorde-moi de Te comprendre. Mon Dieu, mon Seigneur, accorde-moi de t’aimer.

Ne laisse pas mes ténèbres me parler

Jésus le Christ, Lumière intérieure, ne laisse pas mes ténèbres me parler. Je m'y suis laissé tomber et mon regard s'est obscurci ; mais du fond de ce gouffre, oui de ce gouffre, je t'ai ardemment aimé. Et maintenant, voici que, brûlant, essoufflé, je reviens à ta source. En toi je revis ! Parle-moi, instruis-moi. Je crois en tes livres et leurs paroles ont de profonds mystères. Amen. 

Absolu du Christ

Seigneur Jésus, me connaître, vous connaître, ne rien désirer d'autre que vous; me haïr et vous aimer; n'agir que pour l'amour de vous, m'abaisser pour vous grandir.
N'avoir que vous dans ma pensée.
Mourir à moi pour vivre en vous.
Tout recevoir de vous.
Me renoncer pour vous suivre; désirer vous suivre toujours.
Me fuir, me réfugier en vous, pour être défendu par vous.
Craindre pour moi et vous craindre, pour être parmi vos élus.
Me défier de moi, ne me fier qu'à vous
Vouloir obéir à cause de vous;
Ne m'attacher à rien d'autre qu'à vous;
Etre pauvre à cause de vous.
Regardez-moi et je vous aimerai;
Appelez-moi pour que je vous voie et jouisse de vous éternellement.
Amen.

Saint-Esprit

Ô divin amour, ô lien sacré qui unissez le Père et le fils, Esprit tout puissant, fidèle consolateur des affligés, pénétrez dans les abîmes profonds de mon cœur et faites-y briller votre éclatante lumière. Répandez votre douce rosée sur cette terre déserte, afin de faire cesser sa longue aridité. Envoyez les traits célestes de votre amour jusqu'au sanctuaire de mon âme, afin qu'en y pénétrant ils allument des flammes ardentes qui consument toutes mes faiblesses, mes négligences et mes langueurs. Venez donc, venez doux consolateur des âmes désolées, refuge dans les dangers et protecteur dans la détresse. Venez, vous qui lavez les âmes de leurs souillures et qui guérissez leurs plaies. Venez, force du faible, appui de celui qui tombe. Venez, docteur des humbles et vainqueur des orgueilleux. Venez, père des orphelins, espérance des pauvres, trésor de ceux qui sont dans l'indigence. Venez, étoile des navigateurs, port assuré de ceux qui ont fait naufrage. Venez, force des vivants et salut de ceux qui vont mourir. Venez, ô Esprit-Saint, venez et ayez pitié de moi. Rendez mon âme simple, docile et fidèle, et condescendez à ma faiblesse, avec tant de bonté que ma petitesse trouve grâce devant votre grandeur infinie, mon impuissance devant votre force, mes offenses devant la multitude de vos miséricordes. Par Notre-Seigneur Jésus-Christ, mon Sauveur. Amen. 

Désormais, Ô mon Père, c'est Toi seul que j'aime

Désormais, Seigneur, c'est Toi seul que j'aime, à toi seul que je m'attache, toi seul que je cherche, toi seul que je suis prêt à servir, parce que c'est toi seul qui commandes avec justice. A tes ordres je désire me soumettre ; commande, je t'en prie, commande ce que tu veux, mais guéris-moi, ouvre mes oreilles, afin que je puisse entendre tes paroles. Reçois-moi comme un fugitif, Seigneur, ô Père très bon. J'ai souffert assez longtemps ; assez longtemps j'ai été asservi à tes ennemis et le jouet des mensonges. Reçois-moi comme ton serviteur qui veut s'éloigner de toutes ces choses vaines. Je sens qu'il me faut revenir à toi ; je frappe, ouvre-moi la porte, enseigne-moi comment on parvient jusqu'à toi. C'est vers toi que je veux aller, donne-moi donc les moyens d'arriver jusqu'à toi. Si tu t'éloignes, nous périssons ! Mais tu n'abandonnes personne, parce que tu es le souverain bien ; tous ceux qui te cherchent avec droiture te trouvent. C'est toi qui nous montres comment te chercher avec droiture. Ô mon Père, fais donc que je te cherche, délivre-moi de l'erreur, ne permets pas que, dans ma recherche, je trouve autre chose que toi. Si je ne désire rien d'autre que toi, fais que ce soit toi seul que je trouve, ô mon Père. Ainsi soit-il.

Seigneur, j’ai voulu avoir l’intelligence de ce que je crois

J’ai voulu avoir l’intelligence de ce que je crois Seigneur autant que j’ai pu ; Autant que Tu m’en as donné la force, je T’ai cherché et j’ai voulu avoir l’intelligence de ce que je crois et j’ai beaucoup discuté et j’ai peiné. Seigneur, mon Dieu, mon unique espérance, exauce-moi. Ne permets pas que je me lasse de Te chercher mais mets-moi au cœur un désir plus ardent de Te chercher. Me voici devant Toi avec ma force et ma faiblesse, soutiens l’une, guéris l’autre. Devant Toi est ma science et mon ignorance, là où Tu m’as fermé, ouvre à celui qui frappe. Que je me souvienne de Toi ! Que je Te comprenne ! Que je T’aime ! Ainsi soit-il. 

Ô Toi, donne-moi la force de Te chercher

Ô Toi, donne-moi la force de Te chercher, Toi qui m’as fait pour Te chercher de plus en plus. Que ce soit de Toi que je me souvienne, Toi que je comprenne, Toi que j’aime ! Augmente en moi ces trois dons, jusqu’à ce que Tu m’aies reformé tout entier. Délivre-moi de l’abondance de paroles dont je souffre à l’intérieur de mon âme : elle n’est que misère devant Ton regard mais elle se réfugie dans Ta miséricorde. Quand nous T’aurons atteint, nous ne dirons plus ces paroles que nous multiplions sans T’atteindre. Tu demeureras seul, Tout en tous. Nous ne dirons sans fin qu’un seul mot, Te louant d’un seul mouvement et ne faisant nous aussi qu’un seul tout avec Toi. Ainsi soit-il. 

Tard je T'ai aimée, Beauté ancienne et si nouvelle

Tard je T'ai aimée, Beauté ancienne et si nouvelle ; tard je T'ai aimée. Tu étais au-dedans de moi et moi j'étais dehors, et c'est là que je T'ai cherché. Ma laideur occultait tout ce que Tu as fait de beau. Tu étais avec moi et je n'étais pas avec Toi. Ce qui me tenait loin de Toi, ce sont les créatures, qui n'existent qu'en Toi. Tu m'as appelé, Tu as crié, et Tu as vaincu ma surdité. Tu as montré ta Lumière et ta Clarté a chassé ma cécité. Tu as répandu ton Parfum, je T'ai humé, et je soupire après Toi. Je T'ai goûté, j'ai faim et soif de Toi. Tu m'as touché, et je brûle du désir de ta Paix. Amen !  - Les Confessions 10, 27

Seigneur, mon Dieu, je suis comme une plante qui a besoin que Tu l’arroses en la favorisant de Tes grâces

Seigneur, mon Dieu, Toi qui es la lumière des aveugles et la force des faibles, Toi qui es aussi la lumière des voyants et la force des forts, sois attentif à ma prière, écoute les appels que je lance du plus profond de ma misère. Car si Tu ne m’entends pas et si Tu te détournes de moi, où puis-je aller et à qui m’adresser ? Ô mon Dieu, achève d’illuminer mon esprit : ta Parole est ma joie, plus agréable que toutes les richesses, tous les honneurs et tous les plaisirs. Donne-moi donc ce que j’aime, car il est vrai que je l’aime et c’est Toi qui me l’as fait aimer : ne me laisse point, Seigneur, sans la plénitude de Tes dons ; ne m’abandonne pas, je suis comme une plante qui a besoin que Tu l’arroses en la favorisant de Tes grâces. Seigneur, aie pitié de moi, exauce mon souhait. Fais par ta Miséricorde que je trouve grâce devant Toi, pour me faire découvrir les merveilles de ta Parole. Je Te le demande par notre Seigneur Jésus Christ, ton Fils qui T’interpelle pour nous, Lui en qui sont contenus tous les trésors de sagesse que je cherche dans tes Livres. Amen. 

Seigneur, qu'est-ce que j'aime quand je T'aime ?

Je ne doute pas, mais je suis sûr, dans ma conscience, Seigneur que je T'aime. Tu as frappé mon coeur de ton Verbe et je T'ai aimé. De partout, ciel et terre et tout ce qu'ils contiennent me disent de T'aimer et Tu ne cesses de le dire à tous les hommes afin qu'ils n'aient pas d'excuse. Qu'est-ce que j'aime quand je T'aime ? Ce n'est pas la beauté d'un corps ni le vertige d'un moment ni l'éclat de la lumière - cette lumière si chère à mes yeux – ni la douceur des cantilènes, avec leurs variations, ni la senteur des fleurs, des parfums et des arômes, ni la manne ni le miel, ni les membres qui s'enlacent dans les étreintes de la chair ; non ! Ce n'est pas ce que j'aime quand j'aime mon Dieu. Et pourtant, il est une lumière, une voix, un parfum, une nourriture, une étreinte de l'homme intérieur qui est en moi, où brille pour mon âme une lumière que le temps n'emporte pas, où s'exhale un parfum que le vent ne dissipe pas, où se savoure une nourriture que la voracité ne réduit pas, où se nouent les enlacements qu'aucune satiété ne désenlace, voilà ce que j'aime quand j'aime mon Dieu. Amen ! 

Les Confessions 10, 6-8

Seigneur, soyez-moi plus doux que les séductions qui m’égaraient

Exaucez, Seigneur, ma prière : que mon âme ne défaille pas sous Votre discipline et que je ne défaille pas à Vous confesser vos Miséricordes qui m’ont retiré de toutes mes déplorables voies ! Soyez-moi plus doux que les séductions qui m’égaraient ! Que je Vous aime fortement, et que j’embrasse votre Main de toute mon âme, pour que Vous me sauviez de toute tentation jusqu’à la fin. Et n’êtes-Vous pas, Seigneur, mon Roi et mon Dieu ? Que tout ce que mon enfance apprit d’utile, Vous serve ; si je parle, si j’écris, si je lis, si je compte, que tout en moi Vous serve ; car, au temps où j’apprenais des choses vaines, Vous me donniez la discipline, et Vous m’avez enfin remis les péchés de ma complaisance dans les vanités. Ce n’est point que ces folies ne m’aient laissé le souvenir de plusieurs mots utiles ; souvenir que l’on pourrait devoir à des lectures moins frivoles, et qui ne sèmeraient aucun piège sous les pas des enfants. Amen.  Confessions I,15

Sous vos yeux, ô Seigneur, nous portons le fardeau de nos fautes

Sous vos yeux, ô Seigneur, nous portons le fardeau de nos fautes, et nous portons en même temps les plaies qu'elles nous ont faites. Si nous pesons le mal que nous avons fait, ce que nous souffrons n'est rien et nous méritons bien plus. Grave est le mal que nous avons commis ; léger ce que nous avons à souffrir. Nous éprouvons la peine du péché ; et cependant, nous ne renonçons pas à notre obstination dans le péché. Vos châtiments écrasent notre faiblesse, et notre iniquité reste toujours la même. Notre volonté mauvaise se sent torturée, mais nous ne courbons pas la tête. Notre vie se passe dans les soupirs de la douleur, mais elle ne s'amende pas dans ses actions. Si Vous temporisez, point de retour de notre part ; si votre bras vengeur nous frappe, nous nous rebutons. Dans les châtiments, nous confessons nos fautes ; mais à peine Vous êtes-vous éloigné, que déjà nos larmes sont oubliées. Si votre bras s'abaisse, nous promettons tout ; mais le glaive reste-t-il suspendu nous ne tenons plus aucun compte de nos promesses. S'il arrive que Vous frappiez, nos cris de peine s'élèvent vers Vous ; à peine avez-Vous pardonné, que déjà nous provoquons de nouveau votre juste vengeance. Ah ! Seigneur, voilà devant Vous des coupables en aveu : si Vous ne nous faites grâce, nous le savons, une juste sentence nous frappera. Ô Père tout-puissant, nous ne méritons rien, mais accordez-nous ce que nous demandons, Vous qui avez fait de rien les hommes, pour implorer votre Nom ! Par Jésus-Christ Notre-Seigneur. Amen. 

C'est pourquoi, Seigneur, je T'invoque avec la Foi que dans Ta bonté Tu m'as donnée pour mon Salut. Mon âme vit fidèlement de cette Foi, et s'attache par l'Espérance à ce qu'elle verra un jour en réalité. Je T'invoque, mon Dieu, avec une conscience pure, et avec tout l'amour de ma Foi, cette Foi que Tu as conduite à l'intelligence de la Vérité en déchirant ses ténèbres, cette Foi que Tu m'as rendue agréable et douce comme le miel en y mettant la douceur de ta Charité et en dissipant les amertumes du monde. Je T'invoque, Trinité Bienheureuse, à pleine voix, avec l'amour sincère de ma Foi, cette Foi dont Tu m'as nourri dès le berceau à la lumière de ta Grâce, et que Tu as affermie en moi en L'accroissant par l'enseignement de notre Mère l'Église. Je T'invoque, ô Trinité Une, Bienheureuse, Glorieuse et Bénie, « Dieu, Seigneur, Paraclet ; Charité, Grâce, Communion ; Celui qui engendre, Celui qui est engendré, et Celui qui donne la vie ; la vraie Lumière, la vraie Lumière née de la Lumière, la véritable Illumination ; Source, Torrent, Eau vive ; tout vient d'un Seul, par un Seul, en un Seul. Tout vient de Lui, par Lui, en Lui ; vie vivante, vie de la vie, vie qui vivifie la vie ; Un seul par Lui-même, Un seul par Lui seul, Un seul par les Deux seuls ; ôn (Celui qui est) par Lui-même, ôn par le Premier, ôn par les Deux autres ; Père véridique, Fils-vérité, Saint-Esprit-vérité. Une seule essence Père, Logos, Paraclet, une seule Grandeur, une seule Bonté. Ainsi soit-il. 

Livre du Miroir 1. PL 40, 967, Prière à la Très Sainte Trinité